Course contre la montre et étourderie

Cela nous semble déjà être une éternité depuis qu’on a quitté Téhéran même si, à en croire le calendrier, seulement trois semaines se sont écoulées. Ce sentiment est sans doute exacerbé par les deux frontières déjà traversées et les quelques 2000 kilomètres nous séparant de la capitale perse.

L’heure est venue de faire le point sur nos dernières aventures et les quelques changements de dernière minute quant au plan initial.

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Un décor similaire séparait Téhéran de Mashhad, avec quelques portions de route très proches du désert de sable et du point le plus chaud du globe. Discipline fut le mot d’ordre pour se lever avec (ou avant le soleil) et d’ainsi profiter des heures les plus fraîches et engranger un maximum de kilomètres avant une longue pause de midi à l’ombre.

On s’en doutait déjà pas mal avant de partir mais l’expérience fut le meilleur moyen de s’en assurer : il fait chaud en Iran, et plus particulièrement dans le désert. On part donc avec une balle dans le pied en quittant Téhéran à 16h le 15 juillet en espérant atteindre Mashhad le 21 pour franchir la frontière Turkmène le 24 au matin. Au bas mot 900 kilomètres, le bon point c’est que c’est plat, le mauvais c’est que le vent ne se décide pas à nous donner le coup de pouce qu’on osait naïvement espérer.

 

 

Le deuxième soir de notre traversée, une voiture s’arrête et un homme d’une soixantaine d’années descend pour nous proposer chaleureusement des boissons rafraîchissantes. Après quelques minutes de discussion et autant de positions improbables de yoga (c’est qu’il a la patate et encore loin de se sentir vieux, « vous ne me croyez pas? » Paf, poirier.), il reprend la route nous laissant à notre mission. Environ une heure plus tard, grosse surprise, Hamid s’arrête de nouveau à notre hauteur et nous dit qu’il faut absolument qu’on soit ses invités pour la soirée. Petit hic, il habite à une centaine de kilomètres de là et la voiture semble déjà être pas mal remplie. Des broutilles qu’il nous assure, en poussant un peu ça et ça, tout rentrera, pas de quoi s’en faire. Difficile de dire non devant l’exubérante sympathie du personnage.

On passe ensuite une soirée haute en couleurs où le voyage à vélo et envie de liberté sont au centre des discussions, Hamid prévoyant de tout laisser derrière lui pour se lancer dans dans l’aventure, sans date de retour.

On reprend la route le lendemain, après une petite visite de courtoisie chez sa soeur, pour quatre jours bien chargés avant Mashhad. Les kilomètres s’enchaînent au rythme du soleil; réveil à l’aube, grose pause sieste sur le temps de midi et coups de pédale jusqu’à la tombée de la nuit. Le tout évidemment entrecoupé d’épisodes d’hospitalité iranienne.

Ce qu’il faut savoir c’est que Mashhad est la destination de pèlerinage phare en Iran, chaque année des millions de personnes s’y rendent. La route était donc bondée de monde et les infrastructures nombreuses pour les voyageurs. (Comme des mosquées proposant des espaces ouverts pour une les familles désirant s’arrêter pour la nuit.)

On finit par arriver dans l’énorme ville de Mashhad sous un soleil de plomb. On visitera malgré la fatigue l’énorme (1 kilomètre carré, il y a de quoi se perdre) Holy Shrine (lieu de culte où les gens peuvent venir se recueillir sur la tombe de l’Imam Reza). Malheureusement les appareils photos sont refusés à l’entrée et on n’aura aucune trace des lieux.

C’est seulement le lendemain, après une soirée tranquille en compagnie de notre pote Francesco, qu’on se rend compte qu’on a fait une énorme bourde. Une bourde digne des klets que nous sommes.

En remplissant les formulaires pour l’obtention  de notre visa turkmen, ce qu’on avait fait dans la précipitation tard dans la nuit à Téhéran, on a réussi à se tromper dans le choix de la frontière d’entrée. Mauvaise surprise qui remet tous nos plans en question; plus questions de traverser tout le pays à vélo. Aux 550 kilomètres initiaux viennent s’ajouter 150 de détour qui nous convainquent que se lancer dans une course éperdue contre la montre n’est définitivement plus au programme.

On reprend à la route après avoir établi un nouveau plan, franchir la frontière, visiter la folle capitale turkmène pour ensuite y prendre un train de nuit qui nous amènera à Mary d’où on roulera tranquillement les 300km restants.

 

 

On tourne donc la page sur l’Iran qui aura un gros épisode du voyage, à vrai dire le plus long et marquant. En un mois et demi on aura l’occasion d’en voir de multiples facettes, sans se lancer dans une liste exhaustive, voici ce qu’on en retient.

Les préjugés sur l’Iran sont nombreux et largement véhiculés par les médias occidentaux. La première distinction à faire est entre le gouvernement et le peuple. Le premier autoritaire et liberticide use et abuse de propagande et d’un contrôle paranoïaque de la presse pour légitimer son autorité. Le second accueillant et bienveillant à l’égard des touristes balayera toutes les possibles inquiétudes en un instant.

Nous qui nous nous attendions à un pays plus musulman et pratiquant que la Turquie, on se rend bien compte qu’on était loin de la vérité. L’état théocratique et l’omniprésence de la religion a plutôt tendance au contraire à pousser les jeunes à se détourner de l’Islam et nombreux sont ceux qui se déclarent athées ou du moins non pratiquants. On découvre un monde rebelle durant le ramadan qui malgré la menace des coups de fouet (même si avec la police corrompue un gros pot de vin permet de se tirer de cette mauvaise passe).

Sentiment sans doute exacerbé par le fait que la majorité des jeunes parlant anglais aspirent à la liberté occidentale mais tout de même, nombreux sont ceux nostalgiques d’un Iran pré-révolution islamique. Le sentiment de révolte largement partagé dans la population reste tout de même étouffé par le souvenir de la révolution verte écrasée par les forces de police en 2009.

Enfin, on en retiendra surtout un sens de l’hospitalité incroyable. Notre séjour en Iran a été ponctué de moments de partage et d’accueil inoubliables,  une belle page qui se tourne pour laisser place à l’Asie centrale.

 

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10 réflexions sur “Course contre la montre et étourderie

  1. Quel plaisir de vous lire!
    C’est vraiment formidable vos commentaires. L’Iran si hospitalière et accueillante restera gravée en vous de manière particulière et unique! Et vous voilà plongés à présent dans un nouvel univers plein de ressources et totalement autre! Un univers à approcher , à découvrir…
    Bravo Max et Texas pour votre objectif dont vous gardez toujours le cap et aussi de votre capacité à réévaluer, à discerner à chaque étape…
    Avec vous!!!
    Pleins de bonnes choses,

    Brigitte Tihon

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    • Bon , comme je vois ,
      entre les plans et la réalité , il y a toujours un monde inconnu à découvrir !
      Bravo , bien avec vous et …en avant pour de nouvelles zaventures !

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  2. Toujours aussi top de vous lire. Vous vous en sortez super bien malgré les imprévus, les changements obligés. C’est vraiment une belle leçon de vie. Merci à vous deux.

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